Sébatien Mathiot "Selon AtmoSud, certains polluants issus du trafic routier ont chuté"

Télécharger le podcast

Sébastien Mathiot - Atmo Sud

Vous travaillez pour AtmoSud. Est-ce que vous pouvez nous présenter cette structure ?

AtmoSud c'est un organisme associatif collégial, c'est-à-dire qu'il y a les services de l'État, les collectivités, les industriels et les associations de protection de l’environnement qui constituent cette association. Le but de cette structure est de surveiller la qualité de l'air en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, et d'informer tout un chacun des constats que l'on fait. 

Quels sont les constats que vous avez fait déjà depuis le début de cette crise sanitaire et plus précisément depuis le début du confinement ?

Je signale déjà que les équipes d’AtmoSud sont confinées, on est 65 personnes environ. Une grande partie d'entre nous est en télétravail mais on a par contre un certain nombre de personnes qui continue à se déplacer sur le terrain parce qu'il leur faut suivre et entretenir nos stations de surveillance de la qualité de l’air qui mesurent au quotidien un certain nombre de polluants. Les constats sont que certains polluants notamment ceux en droite ligne avec le trafic routier comme les oxydes d’azote par exemple, ces niveaux là ont fortement chuté partout en région et très nettement dans les centres villes. Mais par contre on a constaté une élévation des niveaux de particules dans l'atmosphère alors qu’on s’imaginait avoir ici aussi une baisse assez importante. On a même vu à partir du 18 mars une élévation du niveau de particules pm 10 et pm 2 5 qui peuvent rentrer dans nos voies respiratoires et qui sont en grand lien avec le brûlage de bois. On sait que les particules qui se trouvent dans l’air sont de sources multiples : le transport routier, aérien, maritime, les gros industriels de type sidérurgie et métallurgie, ainsi que la combustion de bois de chauffage. Bien que ces transports aient diminué, nous sommes tous chez nous en ce moment et il a fait un peu plus frais. Les gens ont donc un peu plus chauffé qu’à l'habitude. Il y a sans doute aussi eu des opérations de brûlage de déchets verts, qui est une pratique, je le rappelle, interdite en région et qui est pourtant encore pratiquée. Je veux préciser aussi que ce que l'on constate en région n'est pas le seul fait de nos nombreux brûlages. C’est aussi le fait du brûlage de nos voisins Italiens et Savoyards. On se partage un peu ces émissions que l'on fait tous. Vu que la météo ces derniers temps est peu dispersive, c’est-à-dire qu’elle est stable, la masse d'air chargée en particules origine bois nous affecte tous, dans toutes les régions. 

Est-ce qu’on tire déjà des conséquences en ce qui concerne l'arrêt du trafic aérien, je pense en particulier à l'aéroport de Nice qui se trouve quasiment en centre-ville ?

On a une station de surveillance qui est à l'aéroport et qui mesure au quotidien tout un tas de polluants. Cette station a été placée là en d'accord bien évidemment avec l'aéroport et la ville. Pour les constats concernant la source aéroportuaire, on se prépare à produire une note qui détaillera nos observations mais les grandes lignes sont que l'arrêt de cette source d’émission confère des niveaux meilleurs dans les environs, c'est indéniable et ça se voit notamment sur les particules très fines. Mais il n’y a pas que l'avion qui explique ça. Il y a aussi la route bien évidemment.

Et les bateaux éventuellement ? Puisque qu'il y a Marseille aussi avec le port autonome ?

Dans le même ligne que la note sur les aéroports, nous allons faire prochainement une note sur l’arrêt ou plutôt les modifications que l’activité portuaire a engendrées comme gains en polluant émis et gains en polluants mesurés. L’activité portuaire n’est pas à l'arrêt. Il y a des mouvements qui s’opèrent. Le transport des passagers est lui à l’arrêt mais les marchandises continuent plus ou moins à arriver. Les navires qui se trouvent à quai ont toujours leur moteur allumé, il y a donc toujours des sources d'émission avec cette activité. C’est pour ça que le bilan n’est pas simple à réaliser. Mais on voit une amélioration en lien avec la diminution de toutes ces sources. 

Pour terminer un mot sur la montagne. On sait notamment que ce qui pollue c’est l’activité touristique. Est-ce qu'avec le départ des touristes des stations de montagne dans les Alpes du Sud, on a remarqué des changements ou finalement c'est à la fois trop tôt ou trop minime pour comprendre ?

On a pas de réseaux de surveillance très fournis dans les stations de sports d’hiver. On a eu fait des campagnes de mesure ponctuellement. Mais en vérité notre surveillance se focalise sur les grands centres urbains que sont Gap et Manosque. Dans ces 2 zones, le confinement montre clairement une diminution des oxydes d’azote de 70 % et a montré en contrepartie une élévation des particules avec les chauffages et les brûlages.

Avant de nous quitter, on peut rappeler aux auditeurs qu’on peut trouver sur le site d’AtmoSud toutes les informations concernant la qualité de l'air pour la région Sud Provence- Alpes-Côte d'Azur.

Tout à fait, vous avez accès aux stations et aux mesures qu’elles effectuent heure par heure et aussi aux bilans aéroport, port mais aussi des zooms sur les grandes villes de la région comme Nice ou Gap. Rendez-vous sur le site atmosud.org

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article