On sera là pour choyer les touristes, comme on sait le faire, l'ADN du montagnard, c'est l'accueil !

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Jean-Pierre ROUGEAUX, maire de Valloire nous raconte la situation dans sa commune

C'est une situation inédite, nouvelle

Tous les jours on apprend ce qu'il faut faire, ce qu'il faut dire et ne pas dire. Les stations de montagne ont été les plus impactées avec une baisse de chiffre d'affaires de 20% alors que nous étions partis pour faire une très bonne saison. C'est dommage, c'est un coup dur mais c'est comme ça il faut positiver : à la montagne on a l'habitude : on sert les dents, on relève les manches, et on retourne au travail, on va reconstruire.

Il faut véritablement prendre au sérieux toutes les mesures qui sont indiquées par notre gouvernement qui malheureusement navigue à vue dans le brouillard comme pratiquement tout le monde en ce moment. Ce n'est pas facile pour eux, ce n'est pas facile pour nous, ce n’est pas facile pour la population qui est passée d'une société où on avait tous les droits, à des contraintes importantes et rapides. Le confinement c'est difficile à vivre : je savais très bien que les deux premières semaines seraient assez bien acceptées avec une certaine fatalité. Je savais que la troisième serait plus difficile à passer car on est à un instant où on sait quand ça a commencé mais on ne sait pas quand ça va finir.

Il faut se dire que tant qu'on a la chance de pouvoir être confiné chez soi, on n’est pas comme tous ces gens qui malheureusement sont malades, sont en hôpitaux. C'est impressionnant tous ces malades transportés par trains, qui sont dans des salles de réanimation. Ces personnels vont au front, ils ont un dévouement exceptionnel.

Les vacanciers sont partis, certains résidents secondaires ici : ils se sont mis dans le moule et ont appliqué les règles comme les Valloiriens.

Ce que nous avons fait à Valloire :

Les élections, les rivalités c'est fini pour l'instant, c'est la trêve des confiseurs. Nous avons mis en place un service téléphonique pour répondre aux besoins de toutes les personnes isolées et âgées...Maintenant c'est nous qui les appelons. Avec l'isolement physique il ne faut pas ajouter l'isolement mental. Des conseillers municipaux et des bénévoles appellent ces personnes et ça a un succès phénoménal.

Ensuite on a mis en place un service de livraison d'urgence, de plats cuisinés avec une liste de première nécessité, pour les personnes qui risquaient d'en avoir le plus besoin. On s'est arrangé avec le centre médical qui a des gens qui travaillent aussi pour l'ADMR et qui le font bénévolement. Ils connaissent très bien les gestes barrières et ça permet de pallier à tout risque de contamination

On a lancé la fabrique de masques avec une couturière qui travaille toute la journée et les donne au centre médical. Ils vont ensuite les remettre aux personnes qui sont le plus médicalement prioritaires et puis ensuite on va donner des masques à tout le monde.

On a rétabli un tout petit marché très confiné avec du gel pour se laver les mains à l'entrée et la sortie, les producteurs viennent travailler avec des masques, tout comme on le conseille aux clients. A Valloire ça ne se passe pas trop mal.

Les résidents secondaires :

On a vu arriver environ 80 personnes sur Valloire c'est 7 à 8% de la population. C'est cornélien : de tout temps on les sollicite pour qu'ils viennent chez nous, et maintenant on ne voudrait plus d'eux. J'ai essayé de faire passer le message avec un certain humour ce qui n’empêchait pas de dire la vérité. On n’a aucun pouvoir nous les maires, ce sont les forces de l'ordre qui ont le pouvoir. On est attaqué sur les réseaux sociaux : « Monsieur le Maire vous ne faîtes rien » . J'ai envoyé un courrier au sous-préfet pour qu'il nous donne des instructions, des éclaircissements et les éléments de langage pour les maires qui sont dans mon cas de façon à ce qu'on ait une réponse commune. Je ne peux pas faire venir l'armée, barrer la route ou créer des milices.

Ces personnes qui sont venues, on leur demande de respecter le confinement comme nous on le fait. Ce qui énerve les autochtones, c'est d'abord de voir que le principe du confinement n'a pas été respecté, et c'est dangereux car on multiplie les risques de propagation du virus par des gens qui viennent de l’extérieur. Et intellectuellement, on a des soignants, des gens à l’hôpital qui continuent de travailler et prennent des risques, et pendant ce temps-là d'autres en profitent pour essayer d'améliorer le confinement, vivre des bons moments... On a des gens qui se baladent dans la montagne. C'est compliqué à gérer tant que tout le monde n'applique pas les règles pour que ce confinement soit efficace et qu'on en sorte rapidement.

L'avenir ?

On essaie de maintenir les événements de l'été, tenir nos engagements envers nos prestataires, envers nos socio-professionnels... notre population...

Pour l'instant une cyclo-sportive avec 2000 belges et hollandais a été annulée. On essaie de tenir notre Punta Bagna les 27-28 juin. Administrativement on saura mi-avril si c'est jouable ou pas

On a le festival international de sculpture de paille et foin, en général on s'adresse au monde entier pour faire venir des sculpteurs, là cette année on va se cantonner à la France.

Même sans événements, je crois qu'on a une magnifique carte à jouer, à la fin du confinement l'envie de nature et grands espaces. J'ai cette image un peu triviale : quand on fait sortir les vaches de l’étable, elle gambadent dans les prés et elles sont folles de joie. On risque d'avoir une fréquentation dans nos montagnes de gens qui auront besoin de grands espaces, de ciel bleu... A la montagne, nos grands espaces sont délimités par les sommets, les points hauts. C'est là qu'on s'aperçoit que c'est vraiment grand, alors qu'à la mer on n’a pas ces repères et cette impression de grandeur !

La montagne ça leur fera du bien au moral et au physique, on sera là pour les choyer, comme on sait le faire, l'ADN du montagnard, c'est l'accueil !

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